De la spiritualité

J’ai constaté que beaucoup de mes élèves, ou de mes étudiants posent des questions relatives à la spiritualité comme : « Comment faire pour méditer ½ heure par jour quand on a un travail prenant, des enfants à élever, un conjoint avec qui communiquer, un chien à promener ? »

De la spiritualité…

De la spiritualité…

Il semblerait d’après ces questions que la vie de tous les jours est antinomique, que la vie professionnelle, familiale, amoureuse, nous tirent hors de l’état d’être spirituel auquel chacun aspire.

Et voilà que je reste bouche bée…Mais est-ce que le tantrisme, ET le soufisme que j’enseigne et pratique, dans chaque cours qui se termine par cette formule si belle, en sanskrit, qui contient tout l’enseignement philosophique « HARE OM TAT SAT » ne répondent pas à cette question ?

Je me souviens qu’en 1988 à Pâques exactement, lors d’un stage de Yoga et Santé que nous animions mon mari et moi dans le désert tunisien, le directeur de l’agence de voyage qui avait organisé la nuit dans des tentes berbères après un repas cuit dans le sable brûlant, a commencé à psalmodier, avec ses assistants des chants sacrés autour du feu dans la nuit, et je me suis approchée de lui et lui ai demandé s’il était soufi ? Et il m’a répondu, «  Madame, je suis père de famille, directeur de l’agence, et je suis à chaque minute de ma vie amoureux d’Allah ». Il avait d’ailleurs organisé magnifiquement ce voyage !

La spiritualité, c’est maintenant. Ce qui est sacré et profond, c’est l’instant présent. Le rituel c’est cela, l’acuité du présent.

Je ne peux pas considérer comme nul et inintéressant de me laver les dents, de passer l’aspirateur, ou de vider mes intestins aux toilettes. En Inde, la vie est très ritualisée, afin de vivre très clairement l’évidence de l’ultime, présent dans chaque instant…La vie n’est qu’intensité. Il n’y a pas d’acte gratuit- tout est gratuit. Aucune activité n’est insipide. Manger, bouger, penser, sont des actions cosmiques. Chaque mouvement, chaque étincelle de notre vie est le sommet. Il n’y a pas de vie ordinaire, profonde, ou spirituelle. C’est la PEUR qui crée les différences.- l’inférieur, le supérieur, le spirituel, le matériel… Peur d’une punition d’un Etre supérieur, peur de ne pas être aimé de la divinité, d’un dieu vengeur, cruel, d’un Juge, qui devient Bourreau. Où nous oublions simplement que tout cela vient seulement de notre état mental. Progresser c’est être libéré de cette peur ! Revenir à l’évidence ; ne pas séparer.

La spiritualité est une illusion, un concept. Ce que les gens projettent dans la prétendue spiritualité, à 6 ans ils le projetaient dans leur équipe de scouts, à 10 ans dans leur équipe de foot, à 20 ans dans la politique, à 30 ans dans le mariage…ce manque qu’on a essayé de combler par un train électrique, une poupée, une bonne note à l’école, une carrière, un enfant, on le projette ensuite dans la spiritualité. C’est le pot-pourri de toutes nos peurs. La vraie spiritualité est un remerciement. Maitre Eckart fait une différence entre la vraie prière, la prière du cœur, célébration de l’accomplissement divin, et la prière qui vient du manque, qui essaie de demander une rectification. Cette dernière n’est pas une prière, mais une forme d’abcès La vraie prière est remerciement.

La vraie spiritualité est un non-dynamisme qui s’incarne dans une disponibilité de chaque instant. Vient un moment où vous n’avez plus besoin de vous chercher dans les différents courants de la vie. C’est vous qui éclairez la spiritualité… Ouf ! Ca fait du bien quand même de se sentir justifié de vivre une vie quotidienne, et merci à Eric Barret : «  De l’abandon »